Histoire d'une vie, par Pascal Jonard
(disponible à la Maison de la presse, place Garibaldi à Moulins)
Avec l'aide d'Anne Duprez
Prologue
Lorsque je me suis retrouvé sur le champ de bataille de Wagram, oh ! bien après le 6 juillet 1809, j’ai soudain éprouvé un certain malaise. Ce n’était pourtant pas le premier champ de bataille historique que je visitais. Les autres fois mon imagination et mes connaissances de la bataille, la vraie, m’avaient déjà permis de revivre les réalités passées : les choix stratégiques, le sol qui résonne sous les pieds des troupes en marche, les premiers coups de feu et les hommes qui tombent, l’horreur de la mêlée, le canon, la poussière, les marches et les contre marches… et finalement l’exaltation de la victoire. Mais jamais je n’avais ressenti cette impression qu’il y avait là quelque chose qui me concernait moi personnellement, un élément, mineur peut-être, mais qui flottait bien là pour moi, Pascal Jonard, visiteur du XXè siècle sur ce champ de bataille entre le Danube et le plateau de Wagram, aujourd’hui bien tranquille avec ses bosquets, ses petits chemins et ses champs d’asperges, et malgré ses puits de pétrole.
J’ai retrouvé la même impression à Vienne. Mais qu’est-ce qui avait bien pu m’arriver ? Je ne l’ai su que beaucoup plus tard en apprenant que mon ancêtre, Antoine Jonard, fusilier au 56è régiment d’infanterie de ligne, au 4è bataillon de la 2è compagnie, avait participé à la bataille de Wagram, et qu'il était mort un peu plus tard à Vienne où il était en occupation. Il avait été atteint par le typhus et avait succombé à l’hôpital de Spieselberg. A cette époque, mourir " des fièvres " était plutôt courant et ce n’est pas le seul Jonard à avoir disparu ainsi. Était-ce donc cet Antoine Jonard qui, depuis je ne sais quel ailleurs, paradis ou purgatoire des soldats de l’Empire (je refuse l’enfer, il l’avait déjà connu) me faisait signe à moi Pascal, son descendant, modeste habitant de notre modeste planète au milieu de l’immense univers. Quand je repense à cet Antoine, et aux autres, tous les autres, les Jonard, les Lajarège, les Urbany, les Dhellemme… il me semble que je ne peux mieux commencer l’histoire de ma vie qu’en rendant hommage à ceux qui nous ont précédés.
Avec l'aimable autorisation de M. Pascal Jonard.